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La dictature sanitaire n’existe pas, et c’est bien dommage

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La dictature sanitaire n’existe pas, et c’est bien dommage

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“Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde”. Franz Kafka.

Je n’ai jamais rien connu d’autre qu’une France sous Diktat capitaliste. Ça peut être un long fleuve tranquille, un Diktat. Mais il n’en est pas moins une chose imposée, une contrainte unilatéralement fixée et contre laquelle on ne peut rien ou, plutôt, contre laquelle on n’est pas en droit de vouloir quoi que ce soit. On peut me reprocher de grossir le trait. Mais comment expliquer autrement, et quel que soit le problème traité, que l’horizon capitaliste demeure toujours le présupposé du moindre énoncé ? Alors, tant qu’on se tient sage, la déchéance anthropologique peut suivre son cours : une pente bourgeoise et policière, au sens large que peut prendre ce terme. Un pays qui se dissout dans un conformisme plat et un puritanisme punitif, schizophrène. Un pays triste, marqué par la Troisième Restauration de 1991, les usines qui dégagent, les chômeurs qui s’entassent et les paysans qui se suicident. Un pays où il faut compter sept années d’écart entre l’espérance de vie d’un cadre et celle d’un ouvrier. Une social-démocratie qui gère ses déchets et le surplus de ses ressources humaines avec une bonne conscience inébranlable. Une accumulation d’étouffements brutaux et silencieux, où les surnuméraires doivent mourir sans un bruit, comme une dernière politesse.

Un appareil d’état fort avec les faibles, et faible avec les forts. Une France où, 365 fois par an, de la mélasse puante est vomie des écrans. Obscénité intellectuelle, onanisme culturel et téléfilms bidons. Une “Culture” qui produit en série de la littérature inanimée, des films sans cœur, de la philosophie sans matière et de l’art sans convictions. Un pays qui s’éteint en brûlant ses forces vives. Le refoulement du monde de la production va de pair avec une avalanche de crimes contre l’esprit, dans l’imperturbable quiétude dont est capable une démocratie formelle. Un ancien premier ministre soutenait que “l’Etat ne peut pas tout”. A cette donnée, les nombreux transferts de souverainetés de l’Etat à l’UE devraient excuser, depuis 1995, l’impuissance politique de la classe dirigeante, qui ne dirigerait plus grand chose. Seulement, et c’est le comble du césarisme servil, notre caste dirigeante est comblée, soulagée même, chaque fois qu’il lui est permis de se soumettre à l’arythmie des corporations et des marchés financiers. L’irresponsabilité est la règle.

Dans une démocratie capitaliste, l’exploitation est le passage obligé de la liberté. Et la liberté, c’est avoir de l’argent. Rien de plus. On m’objectera que c’est mieux que rien. Qu’il est sans doute plus facile de vivre dans une société où des présentateurs liftés remplacent, dans la lecture du prompteur, des représentants directs, affirmés, et en uniforme, du pouvoir. Oui, on peut flâner sous les arbres, partir en congé et, il n’y a pas si longtemps encore, boire un verre en terrasse chauffée, pour vivre assez tranquillement. C’est assurément agréable et il faut se prémunir de faire la leçon avec un ton de cureton. Il faut même se précipiter sur le moindre moment de plaisir qu’on peut s’arracher. Seulement, comme le disait Rousseau :“On vit tranquille aussi dans les cachots; en est-ce assez pour s’y trouver bien ?”. Et d’ajouter : “Les Grecs enfermés dans l’antre du Cyclope y vivaient tranquilles, en attendant que leur tour vînt d’être dévorés.”

La “crise” est ce Polyphème qui nous tient captif depuis les années 70. Car une crise d’un demi-siècle, ce n’est plus un accident de conjoncture, mais une geôlière. C’est même une conception de l’existence et un véritable système. A cela s’ajoutent vingt années de carences budgétaires et humaines du service public hospitalier. Opportunisme permanent, improvisation gestionnaire et dogmatisme austéritaire : les trois mamelles de la post-république. On m’opposera que notre pays demeure plus facile à vivre que la Corée du Nord, l’Arabie Saoudite, ou quelque régime autoritaire que ce soit, et dont l’existence doit nous flatter. Sans doute.

Je voudrais seulement que l’on m’explique ce que je suis sensé regretter dans ce fameux “Monde d’avant”. Celui qu’on couronne désormais d’un mélange sordide de chrysanthèmes et de lauriers, et face auquel les français sont comme les invités de curieuses funérailles, qui hésitent entre pleurer et maudire la mémoire du défunt. Toujours est-il. Sans le Covid, c’était la merde. Avec le Covid, c’est la merde aussi.

J’en viens au cœur du sujet. Qu’on me pardonne ce long préalable, mais la tâche est ingrate et le sujet délicat. Car j’apprends auprès de proches, d’amis et même de camarades que nous serions, à présent, sous le joug d’une “Dictature Sanitaire”. Par conséquent, la santé est devenue sans que je ne m’en aperçoive la valeur suprême de notre société, et c’est au nom de celle-ci que s’établirait un néo-fascisme policier. Bien évidemment, ce sont là des calembredaines à détruire sans pitié.

Infatigable, le postmodernisme revient à la charge, et jusque dans les rangs de la gauche communiste, en s’appuyant sur la paranoïa anti scientifique et la négation du réel. On pourrait se taire et préférer laisser les scientifiques professionnels et sérieux s’exprimer sur le sujet. Mais deux données nouvelles poussent à sortir de cette réserve. Premièrement, des escrocs parfaitement illégitimes ne se gênent pas pour l’ouvrir sur le Covid, et ils lâchent la rampe du délire avec une telle nocivité auprès des masses qu’on ne peut pas ne pas réagir. Deuxièmement, avec la documentation et le recul dont on dispose au terme d’une année d’épidémie, il faut préférer une prise de position claire à un silence lâche. Ce virus est sérieux et son bilan est lourd. Au bout d’à peine un an, 100 000 morts pour la France en ce mois de mars 2021. 560 000 pour les Etats-Unis. Un peu moins de 3 millions de morts dans le monde. Et déjà 5 millions de cas en France. Et cela en dépit de toutes les restrictions, ce qui laisse imaginer un bilan encore plus ravageur si rien n’avait été fait, aussi défectueuses et incomplètes que les mesures prises l’aient été. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre ici à de la propagande rassuriste, de l’acabit de celle qu’affectionne la clique du négrier mégalomane de l’IHU de Marseille.

Car Raoult peut bien pérorer comme un coq et rouler des mécaniques auprès de sa petite communauté de fanatiques, il s’est loupé pour la “grippette qui tue trois chinois”, il s’est foiré sur la “fin de partie” pour le Covid, il s’est lamentablement vautré sur la deuxième vague et il a définitivement achever de se discréditer en se drapant dans les travaux de John Ioannidis, le même qui a par ailleurs soutenu que “« Nous avons probablement tué 100 000 personnes, au niveau mondial, en prescrivant de l’hydroxychloroquine comme traitement ». Malgré tous ces foirages péremptoires, on devrait sans rire se consoler, nous assure le post-anarchiste Onfray, que “Le professeur Raoult dispose de la ligne directe avec la Vie[1]https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/le-professeur?mode=video&fbclid=IwAR2XT05BDo5510VcEjnEzZQZfmWtNEqWd54Rqx4vZk0zCyZmKuBTHR7f524”. Sublime reconnaissance entre camarades d’impostures, adeptes de Nietzsche et de Feyerabend (auteur d’un livre au titre prometteur “Contre la méthode”). En France, la rébellion instituée a beaucoup d’avenir derrière elle. L’espace qu’elle occupe désormais n’est donc pas étonnant, quoiqu’il soit prometteur pour de proches lendemains qui déchantent.

Ne pas oublier la méthode Raoult: si l’échantillon du nombre de morts avait été plus réduit, il aurait été plus pertinent.

Sur un autre terrain encore, les pires collapsologues entrent en synergie avec ceux qui élèvent la paranoïa relativiste et le scepticisme obtus au rang de grille de lecture du réel. A ce titre, la moindre complaisance à l’égard d’un sympathique fou furieux symptomatique de la trempe d’un Louis Fouché m’est impossible. Qui tolère le malthusianisme obscurantiste, fut-il amené sous le voile d’un baratin bienveillant, collabore à la destruction de la raison et au recul du processus civilisationnel. N’en déplaise à tous ceux qui font mine de discourir sur la société pour mieux parler d’eux-mêmes, il faut rappeler cette évidence que l’on tait : le tropisme de la petite bourgeoisie intellectuelle n’est pas la société. On n’affronte pas les restrictions sanitaires de la même manière, selon qu’on habite Rueil-Malmaison ou Savigny sur Orges, que l’on soit prolétaire ou grand bourgeois.

Apologète de l’effondrisme, dénonciateur abstrait du « confort », collapsologue petit-bourgeois nourri de références allant de Yoda à Schumpeter, Louis Fouché se met sordidement en scène dans ce clip où on apprend que « résister », c’est marcher sous la pluie. On adore !

On me dira que ceux qui souffrent ont besoin d’avoir raison, et je peux le comprendre. Néanmoins, qu’on m’excuse ce truisme, ce besoin ne donne pas raison et, comme le disait Lénine, il faut toujours dire la dure vérité aux masses, du moins sa vérité. Ce sujet n’est pas secondaire, ou dérisoire. Il ne s’agit pas non plus de taper sur des paumés inoffensifs. Les menaces de morts que reçoivent quotidiennement les vulgarisateurs scientifiques de la part de hordes de petits tarés anonymes en témoignent. Par ailleurs, le business de l’anti-science est gravissime et il détruit des vies. A ce titre, le succès de cette infâme bouse comique et grotesque que fut le documentaire “Hold-Up” a implacablement démontré le bénéfice à extorquer des paumés de la toile, et le nouveau marché à bâtir sur la déshérence de ceux dont l’héritage n’est précédé d’aucun testament. Tout de même, nous sommes dans un pays où il est permis à des documentaristes ratés de remporter presque 200.000 euros en soutenant en même temps les 6 thèses qui suivent : Le virus ne tue personne (1), donc il faut pas mettre de masques (2) même si au début on en a manqué (3), et que le virus est de fabrication humaine (4), pour nous tuer tous en nous vaccinant (5) bien qu’il se soigne à la chloroquine (6). Chapeau les charlots!

Le complotisme, ou l’art mesquin d’avoir tous les vices du “système” sans en faire partie.
Ci-dessus, les homéopathes anti-vaccins se libèrent de « Big Pharma » pour vendre leur propre camelote.

Etudiez attentivement les ratés blablateurs de la lutte des places qui se mettent en scène et s’insurgent à présent contre la “Dictature sanitaire”. Les mêmes qui dénoncent les masques comme des “muselières”, nous gonflent avec Orwell, Soljenitsyne (l’intégriste préféré des libéraux) et la dépopulation vaccinale, en s’imaginant être des Jean Moulin 2.0. Ceux-ci concilient toujours, en ligne, la vente de leur camelote idéologique avec une posture de belle-âme résistante, avec un jeu d’acteur qui est souvent, il faut le dire, assez pitoyable.

Ces gens disposent de leurs relais “mainstreams”, et non des moindres. Parmi les premiers à s’être insurgés contre une “Dictature de la Santé”, “l’ordre sanitaire”, et le “sanitairement correct”, on compte cet infatigable expert en maïeutique des branlettes intellectuelles qu’est André Comte Sponville. Le voilà lancé, le glaive au poing, contre le pan-médicalisme du biopouvoir en nous enseignant, avec Montaigne, que non “Tu ne meurs pas de ce dont tu es malade. Tu meurs de ce dont tu es trop vivant”. Si peu de temps sur terre, et tellement d’escrocs à combattre. Des foules de créatures de sa trempe ruent dans les brancards pour un quart d’heure de gloire numérique ou une minable petite extorsion par paiement sécurisé. Il n’y a pas de Dictature Sanitaire. C’est un pur fantasme. Et un homme de paille juteux pour les naturopathes et charlatans de la comédie humaine, qui enchaînent les ventes et les réductions pour refourguer leurs pacotilles inutiles à des couillons qu’ils manipulent.

J’irais même plus loin. Je ne vois pas au nom de quoi on devrait se scandaliser d’une Dictature du soin qui mette au pas celle du Capital. On en est infiniment loin, certes. Mais j’ajoute, à l’intention d’éventuels lecteurs communistes, qu’une telle perspective ne devrait même pas vous faire soulever un sourcil. Une dictature sanitaire, voilà qui devrait même nourrir l’enthousiasme ! Un secrétariat exceptionnel, un comité de salut public, un Parti ou une classe, un centre politique intraitable qui concentre les pouvoirs dans des circonstances exceptionnelles, c’est le cœur nucléaire même du mouvement ouvrier. Aussi, en France, ce sont des gens en costard qui font la loi, pas les blouses blanches. Alors pourquoi s’amuser à se faire peur en parlant de dictature sanitaire, alors que le sanitaire est bien incapable de dicter quoi que ce soit à qui que ce soit dans ce putain de pays ?

Oui, la coercition gouvernementale choisit ses cibles, et sa lâcheté mesquine est insupportable. En Charentes Maritimes, la gendarmerie a su s’abattre sur un monsieur qui voulait -ô l’infâme ! – rendre une dernière visite à son père mourant, comme on a su, au premier confinement, verbaliser une petite vieille qui faisait des signes à son époux, à la fenêtre de son EHPAD. Par ailleurs, dans les asiles psychiatriques, la situation est dramatique, et les restrictions sanitaires empêchent même, lors des visites, les familles des patients d’enlacer leurs proches. Mais ce n’est pas mon propos. Dans les faits, rien n’a été fait pour fermer les frontières, immobiliser le trafic aérien, empêcher la circulation des personnes, nationaliser les grandes surfaces, militariser la distribution de denrées alimentaires à domicile, s’occuper de ceux qui sont confinés dans des appartements surpeuplés et insalubres, les loger dans ces immenses locaux vides que les mafias immobilières tiennent d’une poigne de fer, ou encore débloquer des crédits massifs pour les hôpitaux, ou en construire même de nouveaux, à partir de rien. Car si nous sommes « en guerre » contre un virus, on ne la mène pas en agitant des demi-mesures qui pourrissent la vie du plus grand nombre sans rien résoudre, mais en étant radical, consciencieux, discipliné et expéditif. Et puis, c’est bien parce que la situation est insupportable, au niveau social, physiologique et psychique, que des mesures drastiques sont plus que jamais nécessaires, afin de libérer définitivement la collectivité de cette épreuve.

Debord dit quelque part, et très lucidement, que, dos au mur, un pouvoir préfère être jugé sur ses ennemis que sur son bilan. Au regard du dispositif actuel, et faute de pouvoir réunir les conditions d’une planification intelligente de la situation sanitaire, notre avenir politique s’obscurcit considérablement. Parmi les scénarios éventuels, plusieurs se dessinent. On compte parmi eux la perspective d’un caporalisme managérial qui puisse renouveler la Dictature du Capital, et l’adapter aux nouvelles exigences de la crise. En tous cas, les ingrédients sont réunis. Le césarisme personnifié d’un chef fantoche, au service de l’oligarchie financière et des corporations. La délégation locale de la coercition à des kapos préfectoraux. Un corps policier qui se vide de ses meilleurs éléments, écoeurés par l’évolution d’un métier qui valorise les brutes analphabètes. Les coupes budgétaires systématiques, sur fond de mobilisation de la nation contre un ennemi de l’intérieur, qu’il soit “islamo-gauchiste”, gilet-jaune ou que sais-je-encore.

Bref, n’étant pas futurologue, et n’ayant pas le melon des idéologues de mon temps, je ne prétends pas que ce scénario soit inévitable, ou nécessaire. Mais j’essaie ici de montrer comment on peut fonder des anticipations sur d’autres catégories que les paniques et les peurs sur lesquelles pianotent les marchands de fantasmes.

Mais pour combattre ce que l’on craint, il faut d’abord approcher le réel avec prudence et discernement, en progressant pas à pas et en s’orientant en fonction de fondements sûrs dont on peut chronologiquement retracer l’évidence. On peut avoir quelques certitudes sur la violence de la lutte des classes, la production législative antisociale, le rapport de force géopolitique et le sérieux protocolaire de l’activité scientifique (qui se structure sur une communauté mondiale de chercheurs, des acquis mondiaux qui font consensus indifféremment de la diversité des régimes politiques, une méthode d’explication du réel qui se fonde sur la base d’un recours aux preuves et une tradition de recherches dont les conclusions se tirent de sources claires).

C’est rébarbatif, lent et difficile. Ça nécessite souvent de se taire, de suspendre son jugement, et de ne pas s’improviser en Pic de La Mirandole. Cela requiert également de respecter le travail de la recherche. Quand on n’est pas un spécialiste rigoureusement formé sur des sujets aussi précis et difficiles que ceux auxquels les épidémiologistes font face, il faut avoir la maturité de la boucler. Ce savoir vivre est le prix à payer pour qui refuse de participer au boucan des confusions éclectiques qui saturent l’Opinion, et l’engourdissent. Et c’est un prix à payer sans hésiter.

Quelques liens pour aller plus loin:

  • https://www.insee.fr/fr/statistiques/4923977?sommaire=4487854&fbclid=IwAR1JL9rgjeqwSDSpAe2BAedWHvatoydFvXOQ6DfPxwIAMABfvGTOmUcuRfs#figure1_radio1
  • https://menace-theoriste.fr/covid-19-la-parole-aux-vrais-experts/
  • https://www.nature.com/articles/s41467-021-22446-z?fbclid=IwAR1VE8UqU87mVDnQ_fxgy7b78K571-uQaxTCeZjZ0rGU9g6KuYQSHTyZWCE

References

References
1 https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/le-professeur?mode=video&fbclid=IwAR2XT05BDo5510VcEjnEzZQZfmWtNEqWd54Rqx4vZk0zCyZmKuBTHR7f524

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